vendredi 12 février 2010

[Conseil de Paris] Question d'actualité de Christian Saint-Etienne: Autolib'

Monsieur le maire,

La fin de l’appel d’offre pour Autolib' est prévue pour la fin du mois de février.
Permettez moi de faire un bref panorama de ce projet, je suis sur qu’il sera très éclairant pour nos collègues.
Juste quelques chiffres, parce que cela est nécessaire pour bien en prendre la mesure :

-35 M €, c’est ce que la ville va engager, au minimum (on connaît les dépassements dans ce genre de projet).
-2 000 Autolib' dans Paris intra muros : c'est-à-dire 700 stations qui vont supprimer au bas mot plus de 2000 places de stationnement.
-Le prix unitaire d’un véhicule ? 30 000 €
-Le coût pour l’usager : un abonnement de 15 à 20 € par mois auquel s’ajoute 5 € la demie heure d’utilisation.
Le décor est planté !

Quand on lance un projet aussi coûteux, le bon sens c’est de l’examiner à l’aune de l’expérience. Vélib', par exemple. Et là qu’observe-t-on ?
La totalité du parc de vélib' a dû être renouvelée pour vol ou vandalisme (à 450 € le vélib, cela a représenté un surcoût de 8,5 M €). Je vous laisse imaginer les conséquences financières faramineuses appliquées à Autolib' !

Quant aux problèmes de sécurité, là aussi ils semblent avoir été sous-évalués.
Le vandalisme bien sûr, on l’a vu, le risque est bien réel. Mais avant tout, les dangers sur la sécurité routière (la conduite sans permis, la conduite en état d’ébriété). Le risque c’est de voir ces autolib's se transformer en auto-tamponneuses en libre-service !
Alors, vous allez me dire que le cahier des charges les prévoit et que ce sera aux opérateurs de faire en sorte de s’y conformer. Mais véritablement qui pourraient respecter de telles exigences ?
En réclamant une caution à la hauteur des risques ? Elle serait d’un prix extravagant ! Demander au médiateur de la ville toutes les réclamations pour non restitution de caution qu’il a reçu rien qu’avec vélib' (elles ont doublé en un an) ! Non ce n’est pas une solution.
En mettant un agent de contrôle en continu à chacune des 700 stations ? Là encore c’est impossible !
En réalité, c’est le système autolib lui-même qui n’est pas viable : financièrement d’abord, en raison des contraintes qu’il impose –ou alors la mairie devra mettre à nouveau la main à la poche. Sur le plan de la sécurité ensuite. Mais surtout dans son utilité. Car, c’est un projet bien trop segmentant et discriminant : il exclut d’emblée les personnes sans permis, les personnes qui ne sont pas en état de conduire, les personnes à mobilité réduite…C’est le contraire d’un objectif social.
Ce que les parisiens attendent c’est un véritable service pour se déplacer dans la capitale. Et ce service qui bénéficierait à tout le monde, ce sont les taxis, qui ont une mission de transport public, qui pourraient le fournir.
Voilà où aurait dû se porter votre réflexion : sur la situation et l’enjeu des taxis à Paris. Au lieu de cela, vous semblez gagné par la tentation d’un coup électoral, quitte à ce que les parisiens en payent les frais ensuite.
On peut toujours accepter de se tromper tant qu’il n’y a pas tromperie.
Alors, ma question, Monsieur le Maire, est celle-ci : peut-on encore se regarder en face dans les reflets d’un miroir aux alouettes ?

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